Travail collaboratif : « Optimiser le court terme pour compresser le long terme »
Alain Morand est directeur d'Ingetech. Il nous expose ici sa vision du travail collaboratif et les conséquences de ces nouvelles méthodes de travail sur l’emploi.
Alain Morand
Pensez-vous, comme beaucoup, que la France est réellement en retard sur le travail collaboratif ?
Je pense qu’il faut d’abord définir exactement ce que l’on entend par travail collaboratif. Souvent, des confusions existent entre travail collaboratif et travail coopératif. D’un point de vue sémantique, cela signifie « travailler ensemble ».
Avec les méthodes coopératives, la charge de travail est répartie entre les participants, à qui on assigne des tâches précises et concrètes. La finalisation consiste à assembler le fruit du travail de chacun des participants pour constituer le produit final. C’est la méthode traditionnelle.
Les méthodes de travail collaboratif sont toutes autres.
Les tâches ne sont pas réparties entre différents participants. C’est ensemble que les collaborateurs travaillent à chaque étape et contribuent à l’atteinte de l’objectif. La réussite du projet ne réside pas forcément dans la productivité de chacun mais dans la capacité du groupe à communiquer et à interagir.
Concernant maintenant le retard de la France, tout est relatif. Par rapport aux Etats-Unis, oui, nous sommes en retard. Outre Atlantique, les grandes compagnies utilisent les deux méthodes : coopérative et collaborative. Ces dernières sont notamment utilisées sur des projets courts car on peut plus facilement uniformiser les méthodes de travail, où que soient basées les ressources.
Existe-t-il un frein ?
Effectivement. C’est une nouvelle façon de travailler, elle peut se heurter à l’histoire des sociétés. En France, le personnel est très catégorisé et les méthodes collaboratives ont du mal à s’imposer. Mais nous allons y venir : de nombreuses sociétés explorent, consultent, étudient.
Et les forces, quelles sont elles ?
Elles sont énormes. La première est que le travail collaboratif est un formidable levier sur le temps : il fait gagner du temps et donc de la productivité. « Le long terme est fait d’une succession de courts termes ». Pour compresser le long terme, il faut optimiser le court terme. Et ceci est facilité par le travail collaboratif :
Dans l’industrie, au moins 50% de la charge de travail sur un projet n’est pas portée par le donneur d’ordre mais à l’extérieur, par les sous-traitants. Les méthodes de travail collaboratif vont agir sur l’ensemble des intervenants, à l’intérieur comme à l’extérieur de la société, et ce en même temps.
Un exemple : Ingetech commercialise un outil de travail collaboratif, au service de l’innovation , Centric Project de Centric Software. Un contrat a été signé avec Hamilton du groupe United Technologies, un équipementier aéronautique américain de plus de 10 000 personnes. Leurs objectifs : réduire le temps de cycle d’étude de 50% où que soient les ressources et augmenter d’autant la productivité. Cet objectif a été atteint par l’emploi de 1000 puis 3000 accès installés dans tous les sites concernés.
Avec cet outil, la lisibilité en temps réel du projet est complète : analyse contrôle, planning… A tout moment, un retard dans la chaîne est détectable. Le facilitateur de projets va voir directement où se pose le problème pour le résoudre. Des contacts peuvent être pris avec des post-it virtuels par exemple. La force du groupe oblige chacun à suivre et à rattraper son retard le cas échéant. Les problèmes se résolvent de façon non conflictuelle. L’objectif est imposé mais atteint de façon pédagogique.
Cet outil permet également d’enregistrer toutes les séquences qui ont permis d’atteindre l’objectif. Ainsi, les sociétés peuvent imaginer breveter leur processus d’innovation, ce qui est très novateur et très sécurisant. Ce sont les méthodes de travail et le savoir faire qui font la qualité et l’originalité d’un produit, plus que le produit final. Ce sont elles qu’il faut protéger des copieurs.
Quelles peuvent être les conséquences sur l’emploi ?
Il est certain que des emplois vont se créer. Deux nouveaux types de poste vont apparaître :
- l’ingénieur travail collaboratif. Il doit avoir participé à la conception d’un produit et intégré une dynamique projet.
- Le facilitateur de projet. Il aura une fonction d’arbitrage. Il a du recul par rapport au projet et définit une ligne collaborative entre les services. Il est l’animateur de l’équipe.
Quels seront les meilleurs profils pour ces nouveaux types de postes ?
Soit des ingénieurs, soit des chefs de projet.
Dans tous les cas, il faudra des personnes avec une certaine « épaisseur » . Ne pourront prendre ces postes que des personnes très expérimentées, ayant fait de la gestion de projet, bâti des projets, mis en place des méthodologies de travail.
Aujourd’hui, les universités de technologies ( UT) mettent déjà l’accent sur le travail collaboratif. Mais les jeunes ingénieurs devront s’imposer à ces postes, et il leur faudra d’abord acquérir de l’expérience.
Enfin, ces deux postes seront confiés à une personne « de la maison », qui fait consensus entre les équipes et qui a la confiance de la direction générale.
Pour l’apprentissage, les méthodes collaboratives sont fantastiques. Alors qu’avec le travail coopératif, la structure pédagogique est imposée, elle est plus souple avec le travail collaboratif. L’apprenant est soutenu par le groupe entier, il utilise le travail de groupe et ses résultats pour apprendre.
Visitez : www.ingetech.fr et www.centricsoftware.com
Email : alain.morand@ingetech.fr
Dernière mise à jour: 24/07/2009 - 11:24 AM


